Quand ACTU-tv parle des grands auteurs belges...

Histoire de la littérature belge francophone - prologue

Une chronique de Marc Quaghebeur. Un texte de Jean François Foulon


Vidéo: Histoire de la littérature belge francophone - prologue

Entrée en matière

Cela fait déjà pas mal de temps maintenant qu’Actu-TV interroge Marc Quaghebeur sur les grands écrivains de la littérature belge. Je ne peux que vous conseiller d’écouter (ou même de réécouter) ces interviews qui proposent une analyse en profondeur de nos grands auteurs classiques, tout en conservant un ton plaisant, débonnaire et bon enfant. Bref, c’est tout un art de dire d’une manière simple des choses compliquées et de rendre accessible au grand public une matière souvent réservée aux spécialistes. Bravo donc à Marc d’avoir réussi ce tour de force et espérons que suite à sa prestation de nombreuses personnes ouvriront les livres de ces auteurs dont les noms sont connus de tous, mais qui sont malheureusement rarement lus.

Bravo aussi à Actu-TV qui, par sa démarche, démontre le sérieux de ses intentions et qui, petit à petit, prend une place de choix dans les émissions culturelles (trop peu nombreuses) en Belgique francophone. Cette « Web-TV » vient d’ailleurs d’être reconnue officiellement, il y a peu, par la Communauté Wallonie-Bruxelles.

Jusqu’à présent (mai 2018), les écrivains suivants ont été abordés :
• Camille Lemonnier
• Charles De Coster
• Charles Plisnier
• Emile Verhaeren
• Fernand Crommelynck
• Maurice Maeterlinck
• Marguerite Yourcenar
• Michel de Ghelderode
• Marie Gevers
• Max Elskamp
• Paul Nougé
• Georges Rodenbach
• Victor Serge

Par ailleurs, Bob Boutique m’avait demandé d’écrire un petit article sur ces auteurs, ce qui permettait de les aborder une seconde fois, ce que j’ai fait avec plaisir

Maintenant, dans l’émission du mois de mars, une autre question a été posée. Comment définir la littérature belge et comment l’aborder ?

Une fois la Belgique indépendante, sa littérature s’est trouvée à la fois sous l’influence française (le français était d’ailleurs la seule langue officielle du pays) et sous influence germanique (d’abord par le fait des écrivains flamands, même s’ils écrivaient en français, et aussi par le fait que notre territoire avait été terre d’Empire).
L’invasion allemande de 1914 a évidemment changé la donne. Marc Quaghebeur montre qu’il est difficile d’appliquer à la Belgique les classements littéraires qui sont ceux de la France (romantisme, réalisme, naturalisme, symbolisme, etc.) car à chaque fois ce qui s’écrit dans notre pays est différent. On ne peut pas comprendre De Coster sans le romantisme (par exemple, un retour vers le passé, le Moyen-Age, etc.) mais en même temps on ne peut pas dire que cet écrivain soit romantique (aus sens où on l’entend chez Hugo par exemple). Le même raisonnement peut être tenu pour les autres courants littéraires et ce jusqu’au nouveau roman (inexistant chez nous). Il y a chaque fois un décalage, une transformation. Du coup, si on voulait donner une définition de la littérature belge, il vaudrait mieux mettre en avant trois grands courants, qui la caractérise :
• Un courant carnavalesque, qui irait de De Coster à Verheggen, « en passant par le capitaine Haddock » nous dit malicieusement Marc Quaghebeur.
• Un courant fantastique et de l’étrange (Jean Ray etc.)
• Un courant classique : où les auteurs cherchent à écrire un français plus pur que celui de Paris, sans doute pour combler une sorte de sentiment d’infériorité envers la capitale française.

Néanmoins, il a été décidé que les émissions suivantes suivraient l’ordre chronologique, en commençant par le romantisme (étant entendu qu’il faudra chaque fois montrer en quoi nos écrivains se singularisent par rapport aux mouvements littéraires français).

Maintenant, à titre purement personnel, je me demande quand même si cette volonté de définir une littérature belge qui serait spécifique, ne relève pas inconsciemment d’une volonté quasi politique qui existerait depuis la création du pays. Il s’agirait donc de trouver des critères qui nous distingueraient de la France (car si rien ne nous distingue, le pays n’existe pas, or il existe déjà si peu). En effet, les trois courants cités plus haut peuvent s’expliquer facilement :
le côté carnavalesque me semble correspondre à une mentalité plutôt flamande.
Le courant classique, avec une langue pure et châtiée, s’explique,comme on l’a dit, par une volonté de dépasser le mépris parisien pour les zones périphériques.
Quant au courant fantastique, il viendrait de l’opportunité à occuper une place laissée libre dans la littérature française. Le fantastique.
La bande dessinée et le roman policier étant d’abord vus comme des genres « mineurs » par l’élite parisienne et à ce titre délaissés par les auteurs de l’Hexagone.

Ce serait donc des raisons sociologiques qui expliqueraient que les écrivains belges francophones qui n’ont pas pu se faire éditer à Paris et se faire passer pour des Français,se seraient alors rabattus sur ces genres « mineurs » avant de leur donner leur lettre de noblesse.

La « spécificité » de la Belgique francophone ne serait donc pas innée, liée au génie de son peuple, mais serait plutôt le fruit d’un hasard historique (le contact avec la Flandre et le mépris parisien).