Quand ACTU-tv parle des grands auteurs belges...

Histoire de la littérature belge francophone - Sous le règne de Léopold II (troisième partie)

Une chronique de Marc Quaghebeur. Un texte de Jean François Foulon


Vidéo: Histoire de la littérature belge francophone - chapitre I - Sous le règne de Léopold II - troisième partie

Dans cette dernière vidéo consacrée à la littérature belge sous le règne de Léopold II, Marc Quaghebeur évoque surtout des écrivains que nous avons déjà abordés précédemment. Je renvoie donc les lecteurs à mes articles antérieurs sur Lemonnier, Rodenbach, Maeterlinck, Verhaeren et Crommelynck.

Par contre, ce qu’il est intéressant ici de souligner, c’est la rupture idéologique qu’a constitué la guerre de 14-18.

En effet, dans le monde littéraire belge, le dix-neuvième siècle est dominé par des auteurs qui sont quasiment tous de grands bourgeois fortunés et cultivés. Même si certains peuvent porter un regard attendri sur le peuple, ils appartiennent à une classe sociale différente, qu’on le veuille ou non.

Le traumatisme que va provoquer la guerre de 14-18 (qu’on n’attendait pas en Belgique et à laquelle on ne croyait pas, à cause de la neutralité du pays) va mettre un terme brutal à cette situation. En France, quelqu’un comme Céline, qui a été traumatisé par l’horreur du conflit, en vient à la conclusion qu’il n’est plus possible d’écrire comme Barrès. Et ce sera le « Voyage au bout de la nuit », qui se distingue de la littérature antérieure tant par sa forme que par son fond. C’est que les fondements de la littérature et même de la civilisation occidentale sont remis en question.

Quelle sera finalement la place de cette littérature ? Voilà la question qui va être posée. Relèvera-t-elle d’une simple démarche esthétique ou son rôle sera-t-il de contester toutes les imperfections de la société (voir plus tard l’engagement politique de quelqu’un comme Sartre ou les réflexions d’un Plisnier ou d’un Victor Serge) ? Le symbolisme, par exemple, peut-il continuer à rester en-dehors des grands faits de société ? Manifestement non. Et le naturalisme tel que l’a conçu Lemonnier reste-t-il pertinent ? On a vu que le naturalisme « à la belge » était différent du naturalisme français, ne serait-ce que par sa langue (richesse du vocabulaire, archaïsmes, etc.).

Cette manière somme toute assez esthétisante d’aborder la réalité semble avoir fait son temps. Et puis est-on plus réaliste parce qu’on décrit la vie quotidienne du peuple et non celle de la haute société ? Les héros des romans de « Un Mâle » ou de « Happe-Chair » restent des personnages de papier, au même titre que ceux de Maeterlinck. On sentira donc la nécessité, après la Grande Guerre, de faire de la littérature autrement et bientôt apparaîtra le surréalisme, qui rêvera de réinventer le langage.

Les attentes du public seront-elles aussi différentes et on appréciera moins le monde onirique de « Pelléas et Mélisande » ou de « L’oiseau bleu » et on préférera des témoignages sur une société qui est en train de se modifier. Oui, on peut dire que le dix-neuvième siècle se termine vraiment avec la guerre de 14-18. Après, c’est un autre monde qui va naître des cendres de la catastrophe. Nul doute que Marc Quaghebeur va nous le faire découvrir dans les prochaines vidéos.

Jean François Foulon