Pour les intellos, sinon laissez tomber !



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Je vous ai déjà parlé du tram 92. C’est celui que je préfère. Je n’en prends jamais d’autre, de toute façon je ne vais nulle part. Mais c’est mon tram d’aventures, il s’y passe toujours quelque chose.

L’autre jour, je somnolais sur ma banquette (toujours dans le sens de la marche) et voyais les passants défiler derrière les carreaux, les pizzaiolas, kebabs et autres restos chinois, thai ou viets lorsque l’idée me prit de pousser sur un bouton barré d’une petite croix rouge genre interdit.

Le tram s’arrêta pile sans que personne ne bouge dans le wagon et la porte accordéon s’ouvrit dans un long soupir comme si je venais encore de faire une bêtise. Tout le monde me regardait avec des yeux de mannequin si bien que je me levai et descendis sur une placette que je n’avais jamais remarquée auparavant. Cinq arbres en mauvaise santé, un carré sablonneux pour jouer aux boules et surtout, oui surtout, pas un chat en vue, même pas un rom éclopé en train de mendier ! Mais de l’autre côté de ce petit parc il y avait un cabbertdoetje (un estaminet pour les frenchies) avec une très vieille enseigne de Du, dubo, dubon,,dubonnet. Même qu’on entendait comme un filet de musique style Yvette Horner à moitié endormie à la fin d’une très longue soirée du Tour de France.

Je traverse. J’allais quand même pas faire la conversation à deux pigeons qui tournaient en rond en récitant un rosaire puis entrai avec un joyeux « bonjour tout le monde » dans un café qui sentait la soupe aux choux, la bière fade et un peu la pisse car la porte des toilettes était restée ouverte.

Trois barbus en robe longue et cheveux longs discutaient sur des tabourets en se prenant par le bras et en faisant de grands gestes, non pas pour commander car leurs verres étaient pleins (c’étaient des demis mais pleins…) mais pour donner force et poids à leurs discours passablement éméchés.

Je les ai reconnus tout de suite ; Il y avait Jésus (Chriske) avec des plaies séchées aux mains et aux pieds nus, Mahomet (Momo) qui bavait dans sa barbe roussie au henné et Jéhovah (Jupke) qui ne cessait d’approuver en s’inclinant comme un automate les conneries que les deux autres débitaient. Car pour des conneries…. Bon, je veux bien reconnaître qu’en la matière je me défends plutôt bien mais ces trois là alors, c’était le pompom. Je m’ assieds dans un coin et écoute.

- Sais plus quoi faire bredouille Momo, y a plus de vierges, fini, et l’air de rien m’en faut quarante par djihadiste qui se fait sauter et crois-moi Chriske, ces connards les compte ces gamines comme s’il étaient capables de les enfiler, déjà qu’avec une seule…
- C’est l’école commenteJupke, tout en plongeant et replongeant comme les petits nègres en porcelaine qu’on voyait dans les magasins d’avant guerre et balançaient une tête hilaire pour dire merci lorsqu’on glissait un pièce dans la fente de leur ventre (pour les pauvres du Congo). C’est à cause de l’école… Déjà à cinq ans on leur apprend sur le tableau noir comment faire des enfants avec des petits dessins cochon !
- Tout fout l’camp ajoute Chriske en piquant deux cacahuetes avant d’avaler sa Jup d’un trait (ceci est mon corps et ceci est mon sang… pour la forme…). Je viens d’apprendre que François ne sort plus de sa banque et que c’est un mannequin qu’on balade dans sa voiture blindée, une sorte de lologramme qui tourne en boucle et bénit la foule.… j’suis dégouté.

Ah la là soupire Momo. Puis en s’apercevant soudain de ma présence…
- Et vous là, Monsieur, qu’est-ce que vous en pensez ?
- Ben… que je réponds, en me grattant le haut de l’œuf d‘autruche qui me sert de crâne. Ben… Vaudrait p’têt mieux que je demande d’abord à Poussin !
- C’est qui demande Chriske ? Vot Maman ? Elle aussi a pris l’ascenseur pour monter au ciel ?
- Non, non, c’est ma 95 pour cent.
- 95 s’écrie Momo les yeux brillants, vous croyez que…
- Sûrement pas.
- Laisse le conclut Jésus, vous prenez quelque chose ?
- Mais non , pourquoi, l’interrompt Jéhovah en faisant valser ses crolles qui montent et descendent comme deux ressorts près de ses oreilles, on a déjà payé assez cher notre tournée.

Bon, vais pas m’éterniser. Le 92 va repasser dans l’autre sens et sans lui, je me demande comment je vais retrouver mon chemin. Alors, si cette connerie vous a amusé, j’en suis ravi. Sinon, si elle vous a choqué, n’en faites pas un plat. C’est déjà fini.