Puisque Poussin est à la mer...

Je viens encore de me ramasser un râteau… je vous dis que ça. Pan, en pleine poire.
Et pourtant… ce n’était pas vraiment Angélina Jolie, ni même la jolie Angélina. Non, je dirais plutôt : Marie-Thérèse Quelconque.
Mais ça a quand même foiré. J’ai du rater une étape !
Je l’avais remarquée dans un BBQ à Bruxelles…
Comment ? Vous ne savez pas ce qu’est un BBQ ? Un barbecue… voilà. C’est elle qui mettait les saucisses à griller, avec un grand tablier blanc et beaucoup de fumée autour… on aurait dit jeanne d’Arc sur le bûcher.
Bon, elle était pas terrible, terrible… un peu ronde, genre qui flotte toute seule dans la piscine. Elle avait remonté ses cheveux sur le crâne comme une pelote de laine, rapport à la graisse… et comme elle y avait enfiché les pics en fer et agitait un bout de carton pour attiser le feu…. Elle ressemblait un peu à une grosse geisha. Sauf qu’elle avait remplacé le blanc du visage par du rubicond, style très très bonne santé.
En fait, elle agitait tout en même temps…
trois mentons, deux ou trois seins (en tous les cas il y en avait beaucoup) et une paire de fesses… style ‘cette fois c’est bien décidé, je vais à la gym’.
Mais faut être juste. Moi non plus, je ne suis pas terrible, terrible. Alors je me suis dit comme ça… comme Poussin est à la mer pour la semaine et moi tout seul ici à Bruxelles, comme qui dirait… abandonné ? Je me suis dit… pourquoi pas ?
Un, elle était venue seule, en tram.
Deux, elle était donc « reconductible »
Trois, comme elle cassait rien et moi non plus… on était quelque-part fait l’un pour l’autre.
Alors, je tourne un peu autour, l’air de rien, pour vérifier la marchandise, j’hésite, je soupèse, j’évalue, pour conclure enfin qu’elle avait un bon rapport qualité/prix.
Et là j’attaque.
J’ai un truc qui marche pas mal pour l’instant. J’ai lu ça dans la page spychologie de France Dimanche. Tu abordes la gonzesse par derrière, franchement en lui mettant la main sur l’épaule, et tu dis avec un sourire à la Brad Pitt (oui, bon… faut un peu travailler. Mais c’est le principe qui compte), donc tu lui dis : « Laisse-moi faire Monique, ça c’est un boulot d’homme ».
Ben oui : « Laisse-moi faire Monique, ça c’est un boulot d’homme ».
La meuf elle se retourne estomaquée, avec tous ses plis qui suivent avec un temps de retard, sa pelote de laine qui flanche et ses yeux rougis par les braises et là, il faut aller très vite, pour l’empêcher de penser. « Ah, toutes mes excuses Mademoiselle, de dos, je vous ai prise pour ma petite cousine. » Succès garanti .
Si c’est une vieille rombière, elle se met à minauder en chevrotant dans son dentier, si c’est une petasse elle va remonter ses phares de camion et si c’est Marie-Thérèse Quelconque, blonde de surcroît, elle va rester bouche bée en demandant ce qu’il faut faire a son petit cerveau qui va lui répondre après de longues secondes d’ hésitation qu’il n’en sait rien… J’en sais rien. J’sais pas. J’ai rien compris. Débrouille-toi.
Bon, les préliminaires, c’est fait.
Chapitre deux : la travailler au corps. C’est une expression bien sûr… j’en suis pas encore là. Disons, se mettre en place.
La technique, c’est de parler tout le temps, en posant des questions auxquelles on répond soi-même, SANS OUBLIER (ça c’est capital) de glisser une petite flatterie toutes les deux phrases… « Alors là, le boulot ça vous connaît ! » « Elles ont l‘air délicieuses vos cuisses de poulet, on dirait que vous avez fait ça toute votre vie ! », « j’aime bien votre chemisier, c’est frais et coloré ! (on dirait une tenture de salle de bain) » Etcetera.
Bref, je la tartine au chocoNutella , je cours lui chercher à boire … « une Jup à la bouteille, pas de chichis », prends le relais pour agiter le carton, lui raconte des blagues simplistes pour la faire rigoler et tourne autour comme une grosse mouche bleue autour d’une flatte de vache, tout en imaginant déjà les combats de sumo que je vais échanger avec elle ce soir, genre tableaux de Rubens.
Je suis en nage. Elle aussi. Nous sommes en nage. On fume presqu’autant que le BBQ. Heureusement qu’il ya les frittes et les aromates pour masquer l’odeur de nos aisselles.
V’zallez pas me croire, mais c’est qu’elle commence drôlement à m’agacer la gonzesse, avec vue plongeante dans son corsage déboutonné (elle porte un soutien en dentelle rouge) et la marque de son slip sous sa jupe trop tendue. Elles portent toujours une taille en dessous, c’est spychologique.
Hé bien non ! J’ai pas pu m’la faire.
J’ai pris un râteau et un fameux… comme celui qui traîne au jardin, retourné dans le mauvais sens, les pointes en l’air… vous marchez dessus, ça fait levier et vlan… vous ramassez le manche sur le pif.
A la fin du BBQ, quand tout le monde commençait à partir, y a une radasse qui s’ est rappliquée, genre camionneur, avec des cheveux courts, une grosse veste de cuir, un pantalon pour deux et une paire de santiags. Elles se sont embrassées goulument sur la bouche
avant de me laisser sur la touche
avec un pti bisou même pas sur la bouche,
c’est pas ce soir qu’ on couche,
je prendrais bien une bonne douche,
c’est une histoire un peu louche,
tout ça, ça rime…
Ca rime surtout à rien.
M’en fous. Y’a foot ce soir.